Résultats 2025 : Produire moins pour gagner plus : jusqu’à quand ?
- 17 févr.
- 3 min de lecture
En 2025, le Groupe affiche des résultats financiers parmi les meilleurs de son histoire :
• 26 milliards d’euros de chiffre d’affaires
• 2,9 milliards d’euros de résultat opérationnel des secteurs à taux de charge constant
• 2,1 milliards d’euros de free cash-flow avant acquisitions
Sur le papier, la performance est solide. La génération de trésorerie est élevée et la marge reste à un niveau enviable, malgré un contexte de marché difficile.

Mais derrière ces chiffres flatteurs, une tendance plus préoccupante perdure : les volumes reculent. Sur la période 2021-2025, ils ont diminué d’environ 17 %. La performance ne repose pas sur une dynamique industrielle et commerciale soutenue mais principalement sur l’effet prix-mix.
Le pricing power, que l’on pourrait traduire par « pouvoir de fixer les prix », instauré avec la stratégie Michelin in Motion 2030 au tournant de la pandémie de Covid, s’essouffle. Forcément, « produire moins pour gagner plus », ça ne peut pas durer.
Comme dans d’autres groupes récemment fragilisés, la logique est devenue prioritairement financière :
• Protection des marges,
• Maîtrise stricte des coûts,
• Optimisation du cash.
Michelin adopte désormais des standards financiers comparables aux autres groupes du CAC 40.
Or, ce modèle qui compense durablement la baisse des volumes par l’augmentation des prix et la maîtrise des coûts trouve mécaniquement ses limites. Moins de volumes, ce sont des usines moins chargées. Et des usines moins chargées, ce sont des risques accrus pour l’emploi. Des emplois déjà mis à rude épreuve ces trois dernières années avec les nombreuses restructurations et fermetures d’usines décidées par le Groupe dans le
monde (France, Allemagne, Etats-Unis, Brésil, Mexique, …).
Une question de priorités stratégiques
Dans le même temps, le Groupe confirme un retour massif aux actionnaires :
• 1,65 milliard d’euros redistribués en 2025 (dividendes + rachats d’actions)
• Un programme de rachats pouvant atteindre 2 milliards d’euros pour la période 2026-2028
La redistribution 2025 représente environ 87 % du résultat net 2024, un niveau historiquement élevé. Pour 2026, elle devrait représenter près de 100 % du résultat net 2025. C’est inacceptable !
Ces décisions traduisent une solidité financière à court terme, mais elles révèlent surtout un arbitrage clair en faveur du capital. Elles posent une question stratégique dans un contexte de baisse des ventes et des volumes : la priorité doit-elle être la réduction du nombre d’actions en circulation, ou la consolidation des capacités industrielles, l’investissement productif, le développement des relais de croissance et la reconnaissance du travail des salariés ?
A titre de comparaison, 2 milliards d’euros représentent :
• Plus que la masse salariale annuelle de la MFPM ;
• Un montant proche du budget annuel des investissements industriels mondiaux du Groupe.
Le débat n’est pas celui de la performance 2025. Elle est réelle et reconnue. Le débat est celui du cap.
On ne peut pas durablement compenser la baisse des volumes par des hausses de prix et des réductions de coûts. Une industrie qui produit moins finit toujours par réduire ses capacités. Et derrière les capacités, il y a des emplois… industriels mais aussi tertiaires.
Consacrer une part croissante des résultats aux rachats d’actions tout en appelant les salariés à la rigueur crée un déséquilibre profond. A court terme, cette stratégie satisfait les marchés financiers. A moyen terme, elle fragilise l’outil industriel et l’emploi.
Pour SUD, l’enjeu est clair :
La richesse produite par le travail doit d’abord servir à sécuriser les emplois, moderniser
les sites industriels, développer de nouveaux relais de croissance et améliorer les rémunérations des salariés.
Nous refusons qu’une logique de rendement financier prenne le pas sur l’avenir industriel du Groupe.
Nous continuerons à défendre un autre cap : celui de l’investissement productif, du
partage équitable de la valeur et de la protection de l’emploi.
Produire moins pour gagner plus n’est pas un projet industriel. L’avenir de Michelin ne
peut pas se construire sans ses salariés.
Nicolas ROBERT - DSC




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